Marie-Louise et Blanche


En 1873 deux nouvelles cloches viennent encadrer Antoinette

Marie-Louise et Blanche vont donc tenir compagnie et sonner de concert avec notre chère vieille Antoinette, elles sont plus jeunes et plus petites et sortent des ateliers Burdin Aîné.

Comme toujours la paroisse procède à un baptême ; 122 ans après le précédent baptême marraines et parrains sont toujours choisis dans le gratin, mais cette fois on ne prend pas des enfants, et les deux jeunes cloches ne sont pas inscrites sur le registre des baptêmes de la paroisse.


Marie-Louise

Signature de Marie-Louise

La marraine de la plus grosse cloche est Marie-Louise Albane Gaillard, elle est née à Givors le 7 décembre 1826 ; son père, François Joseph Neuvesel, est « propriétaire de verreries et manufacturier en verre à Givors » et 140 ans plus tard, son nom sera associé à ceux de Boussois et Souchon pour créer BSN qui deviendra BSN-Danone en 1973, bel exemple de diversification verticale. À l’âge de 7 ans, cette pauvre Albane perd sa maman Irma Fleurdelix, un nom digne d’un album de Goscinny et Uderzo.

Pourquoi donc, cette fille d’un verrier et d’une vraie gauloise, née à Givors, est-elle la marraine de la cloche de Limonest ? Je vous le demande !

Parce que le 17 août 1846, toujours à Givors, elle a épousé Joseph Gaillard qui habite 9 place Bellecour à Lyon. Bien sûr ! Tout s’explique ! Mais au fait, qui est Joseph Gaillard ?

C’est le fils de Sophie Adèle Antoinette Baboin de la Barollière et donc le propriétaire du château de la Barollière à Limonest. La dernière fois, Jean Maritz avait mis son fils comme parrain, cette fois-ci nous avons la femme du seigneur comme marraine. Marie-Louise Albane a donné quatre filles à François Joseph ; le prochain propriétaire du château ne s’appellera donc pas Gaillard mais Neyrand, Eugène-François de son prénom, époux de Marie-Félicie Gaillard, originaire de Saint-Chamond et maître de forges. Les Gaillard habitent Oullins où Marie-Louise Albane va décéder le 14 avril 1877, son mari la suivra 11 ans plus tard.


Signature de Gabriel Gonin

Gabriel Gonin est le parrain, ce n’est pas non plus un gamin, il est né à Lyon le 31 janvier 1811 et il a acheté le château de Sandar en 1842, mais il habite alors place Louis le Grand (Bellecour) comme les Gaillard.
Dans son 6 pièces au 2e étage du 1 place Louis le Grand, il vit avec son épouse Clotilde Tardieu, fille d’un négociant en droguerie, qu’il a épousée le 22 juin 1836, leurs deux fils Émile et Amédée et deux domestiques.

Sandar

Leur immeuble est très commerçant :
Au rez-de-chaussée il y a la pharmacie Buisson-Roman, le limonadier Bauzer, une modiste mademoiselle Chaquet et Jacques Giraud, guêtrier et marchand de nouveautés.

Au début des années 1860 après avoir fait des travaux au château, ils s’installent à Limonest ; le château est grand et la domesticité importante :
Jean Berger, né à Dardilly est valet de chambre ; Jean-Marie Peyon est domestique, il habite au château avec sa femme Louise et sa fille Claudine ; Euphrasie Besset est cuisinière ; Césarine Daligand est bonne ; Pierre Souput est domestique comme Jean Simon, né en 1845 à Limonest, enfin son jeune frère André Simon est berger.

En 1861, il offre à la paroisse le terrain de l’ancienne tour du télégraphe en haut de la route de la Garde, pour pouvoir ériger la superbe croix de mission, offerte par Claude Bourricand, que l’on peut toujours voir.
En 1873, les deux fils ont grandi, Émile a épousé Louise Vénogel et ils vivent à Sandar avec leur fille Léonie née l’année précédente ; Amédée a 25 ans, il est toujours célibataire et le restera, c’est un grand collectionneur de mobilier et il fera don de sa collection au musée des arts décoratifs de Lyon.
L’année suivante, Gabriel va perdre sa femme, il lui survivra vingt ans de plus. À son décès le château sera vendu aux Frères des écoles chrétiennes.


Blanche

Signature de BlanchePortrait de Blanche

Blanche Augustine Lucie Roux de Bézieux est née le 1er septembre 1835 dans l’Isère, à Cognin-Maleval où son père Auguste Pierre de Bézieux est maire, c’est la marraine de la petite cloche.
En 1856 elle épouse à Grenoble Claude Aymé Henri Roux, ce dernier est veuf et a vingt ans de plus qu’elle, sa mère est Marie-Benoîte Frèrejean ; ce nom n’évoque-t-il rien pour vous ?

Sans-SouciLe château de Sans-Souci.

Nous retrouvons la famille des fondeurs de cloches et de canons de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or, Marie-Benoîte est marchande de cuivre et entrepreneur de fonderie, c’est la petite fille d’Antoine Frèrejean.

Claude Aymé est maître de forges, son grand-père a acheté le château de Sans-Souci à Limonest en 1806 et sa première épouse Antoinette y est décédée en 1852.

Mais la famille n’habite pas le château, leur domicile est… place Bellecour bien sûr où l’an dernier la petite dernière Marie-Aimée est née le 24 avril, elle est la quatrième et a un frère et deux sœurs. Blanche va vivre longtemps, jusqu’en 1922.



Le parrain, Claude Antoine Boin, est maire de Limonest depuis décembre 1866, il a remplacé Pierre-François Décurel qui a donné son nom à la place de l’église ; c’est le frère du dernier maître de poste de Limonest, Jean-Claude Boin avec qui il vivait, il y a peu de temps ; mais depuis le transfert de la route nationale par Lissieu et la concurrence du chemin de fer, la poste aux chevaux n’a plus d’activité et le relais sera fermé en 1870.Signature de Claude Antoine Boin
Jean-Claude, sa femme Caroline et leur fils Charles vont quitter Limonest. En 1873, Claude-Antoine vit avec son domestique Benoît Cimetière ; dans le Journal de Lyon du 29 mars, on parle de lui pour une place de conseiller général.
Au début de l’année 1876, il part dans le midi, peut-être pour assister au carnaval de Nice et participer à la première bataille de fleurs sur la Promenade des Anglais, ou voir le carnaval des agrumes à Menton, il va y rester définitivement, car il meurt à Menton le 15 février.
Claude Fuché, adjoint au maire, va le remplacer provisoirement, c’est la deuxième fois à dix ans d’intervalle qu’il remplit cette fonction pour la même raison, le décès du maire en exercice.

Le baptême

Signature de Charles Genin

Bien entendu, le curé Michel Badoil participe à la cérémonie du baptême des cloches, il est né à Saint-Symphorien-sur-Coise le 28 août 1808, son père Claude était cordonnier. Le 20 janvier 1891, il a 82 ans, il va entendre son horloge sonner une heure du matin, cette première heure du jour sera sa dernière, il est parti rejoindre son père céleste ; le curé Jean-Pierre Chabert le remplacera.

En 1873, son vicaire Charles Genin l’assiste dans son ministère, il est né 36 rue Bourgchanin (aujourd’hui Bellecordière) à Lyon le premier décembre 1840, il sera remplacé à la fin des années 1870 par Félix Rambeaud.

La fonderie Burdin

Signature de J. C. BurdinUne cloche

Enfin évoquons un dernier personnage :
Jean-Claude Burdin, il est né à Lyon en 1823, dans une famille de fondeurs de cloches et préside aux destinées de l’entreprise Burdin Ainé. La fonderie est installée au 22 rue de Condé à Lyon où il habite dans un trois pièces à l’entresol.

Les cloches Burdin se vendent bien, dans toute la France mais aussi en Algérie ou au Canada. En 1874 Jean-Claude Burdin installe en face de son atelier un carillon de quatorze cloches dans l’église Sainte-Croix, il en est trop fier et, peut-être par punition céleste de sa vanité, ne sera pas complètement payé : il a dû entendre tous les jours son carillon le rappelant à l’humilité.

L’entreprise va disparaître après la guerre de 1914–1918, après avoir refait le carillon de l’hôtel de ville de Lyon.

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